DOSSIER INNOVATION

Mag n°14

Septembre 2019

QUAND L' INNOVATION PREND SES QUARTIERS

 

Ce n’est pas par effet de mode que les porteurs de projet de renouvellement urbain et l’ANRU se sont intéressés à l’innovation. C’est par nécessité. Car la capacité à voir plus loin ou autrement, collectivement, permet la résolution des problèmes les plus ardus auxquels sont souvent confrontés de longue date les quartiers concernés. En 2019, 150 start-up et acteurs de l'économie Sociale et Solidaire (ESS) s'engagent pour les quartiers et leurs habitants : une nouvelle étape dans la belle dynamique créée autour de l’ANRU pour que renouvellement rime durablement avec innovation.

 

Le lancement du réseau « ANRU+ Les Innovateurs », le 21 mai à Paris (voir encadré ci-contre), pourrait laisser à penser aux observateurs les moins attentifs que l’intérêt de l’ANRU pour l’innovation est extrêmement récent. Or, dès 2014, l’Agence est passée à l’action en ce domaine. 2014, c’est l’année du lancement du NPNRU mais aussi du Programme d’investissements d’avenir « Ville durable et solidaire » (doté de 71 millions d’euros de subvention), dont l’ANRU est opérateur. À travers ce programme, l’État, pour la première fois, dédie des crédits à l’innovation dans le contexte spécifique du renouvellement urbain afin de renforcer l’ambition des projets. Les financements classiques de l’ANRU sont amplifiés pour accompagner l’émergence d’actions expérimentales d’excellence, de nature à enrichir les projets de renouvellement urbain. Concrètement, des solutions inédites, adaptées aux besoins des habitants et aux spécificités de leur cadre de vie, peuvent être testées dans certains territoires pilotes du NPNRU.

 

NAISSANCE D’UN ÉCOSYSTÈME D’INNOVATION

Les premiers retours d’expérience ont confirmé l’intérêt de soutenir l’innovation dans ce contexte particulier. Il en résulte aussi bien une amélioration du cadre de vie, par exemple via le déploiement des services urbains plus efficients, que le renforcement du lien social, l’émergence d’usages vertueux, ou encore la structuration de filières nouvelles créatrices d’emploi. ANRU+, lancé en 2017, est venu conforter cette dynamique déjà prometteuse avec la mobilisation de 50 millions d’euros de subvention supplémentaires via le Programme d’investissements d’avenir « Territoires d’innovation ».

À travers les PIA « Ville durable et solidaire », puis « Territoires d’innovation », 34 territoires du NPNRU portent désormais des projets d’innovation intégrés au renouvellement urbain. Poissons pilotes, ils éclairent potentiellement, par-delà les initiatives locales, les pratiques de l’ensemble des acteurs du renouvellement urbain ou de la politique de la Ville. ANRU+, c’est aussi un réseau de territoires, structuré depuis 2017 dans le cadre du « Club ANRU+ ». Il réunit 70 collectivités — engagées par leurs projets ou leurs réflexions dans des thématiques d’innovation — les maîtres d’ouvrage partenaires, des experts, ou encore des services de l’État.

 

Cet espace d’échanges, structuré en onze groupes de travail, est voulu pour partager les bonnes pratiques… et les moins bonnes. Car identifier ensemble les facteurs d’échec, inhérent par nature à toute expérimentation, fait progresser collectivement, et nationalement de surcroît, les savoirs et les savoir-faire en matière d’innovation. La rencontre entre territoires qui souhaitent innover dans le cadre de leurs projets de renouvellement urbain est aux yeux de l’ANRU un impératif, convaincue que les freins à l’innovation pourront être levés grâce aux retours d’expérience des acteurs du terrain plutôt qu’aux savoirs théoriques. Le partage des enseignements des expérimentations in situ constitue alors la meilleure réponse opérationnelle aux problématiques locales récurrentes. Encore faut-il que les apporteurs de solutions innovantes répondent présents face aux besoins des collectivités. La communauté « ANRU+ Les Innovateurs », lancée en mai 2019 n’a pas d’autre but. Elle regroupe start-up et acteurs de l’économie sociale et solidaire innovateurs, dont des associations ou des TPE/PME, qui souhaitent s’engager plus activement pour les quartiers. Le Club ANRU+ s’enrichit à cette occasion d’une nouvelle catégorie d’acteurs incontournables. De grands groupes mais aussi des acteurs de la recherche pourraient les rejoindre. L’ANRU veut avant tout donner un coup de projecteur sur ces structures et leur offre, pour faciliter leur rencontre avec les territoires. Le monde de l’innovation et celui du renouvellement urbain se connaissent mal et pourtant, ils peuvent s’enrichir mutuellement. Les collectivités, en particulier, peinent naturellement à identifier les innovateurs avec lesquels elles pourraient s’associer dans des projets. Pour faciliter la rencontre entre les structures d’innovation et les territoires en renouvellement urbain, un annuaire national des innovateurs est mis à disposition par l’ANRU (voir encadré page 15), des évènements de rencontres seront organisés au niveau national et en régions, et startup et acteurs de l’ESS mobilisés au sein de la communauté pourront rejoindre les groupes de travail du Club ANRU+ pour y partager leur regard et leur expertise avec les acteurs du renouvellement urbain. Les territoires ont ensuite toute latitude pour nouer les partenariats requis, dans le cadre, notamment juridique, qui s’impose.

 

L’INNOVATION, QUOI ET COMMENT ?

En quelques années donc, l’écosystème de l’innovation au service du renouvellement urbain s’est structuré nationalement, s’est identifié et recensé, a partagé des ambitions et des expériences… menées à bien sur le terrain. Car sur ce court laps de temps, deux générations de projets pilotes en matière d’innovation ont éclos au sein du NPNRU, et plus particulièrement des quartiers d’intérêt national, sélectionnés dans le cadre des Appels à Manifestations d’Intérêt successifs. Les 19 projets retenus en 2015, dans le cadre du PIA « Ville durable et solidaire », sont tous en phase opérationnelle, les premiers investissements s’étant concrétisés en 2017 et 2018 (voir exemples en encadrés). Quant aux 15 nouveaux projets identifiés en 2017 dans le cadre de l’Appel à Manifestations d’Intérêt ANRU+, ils progressent à grands pas. Les études de maturation s’achèvent et les premières actions opérationnelles seront présentées dans l’année, en même temps que seront validés les projets du NPNRU, ce qui leur octroie évidemment une valeur et un sens particuliers. En termes d’objets, une grande diversité de domaines d’innovation a été recensée. La troisième édition des Rencontres de l’innovation dans le renouvellement urbain, le 6 juin dernier, en livre un bon aperçu.

Ils répondent, majoritairement, à des enjeux communs à nombre de sites en renouvellement urbain : amélioration du cadre de vie, transition écologique, déploiement de services aux habitants, performance des dispositifs constructifs et de gestion, mobilité renforcée, accès à la culture, co-construction avec les habitants… On retrouve dans les projets différentes solutions innovantes telles que : agriculture urbaine, économie circulaire, entrepreneuriat et formation, modes d’habiter, performance énergétique et environnementale… Mais, en la matière, les possibles sont évidemment — tel est le propre de l’innovation —en perpétuelle évolution. Que peut-on dire dès à présent de la rencontre entre innovation et renouvellement urbain ? Kim Chiusano, responsable du pôle Innovation et Ville durable à l'ANRU, en tire, malgré des niveaux de maturité différents, de premiers enseignements communs. « L’innovation, insiste-t-elle d’abord, n’est pas la cerise sur le gâteau, le petit plus qui vient en fin de course, s’il reste de l’argent et du temps ». Pour produire pleinement ses effets, elle doit être intégrée le plus en amont possible, comme composante à part entière du projet.

Autre condition du succès, la principale même, le portage. « Sans pilote dans l’avion, prévient Kim Chiusano, peu de chance de faire émerger de véritables innovations et de maintenir une ambition forte ». C’est là que le partenariat se révèle décisif. Car l’innovation ne se décrète pas, elle se co-construit, dans l’intelligence collective et la collaboration. Elle implique des compétences nouvelles, susceptibles d’apporter un regard neuf sur une situation ou une problématique données. Les acteurs de la recherche, les entreprises développant des solutions innovantes peuvent les apporter. Mais, aussi, le tissu associatif et les acteurs de l’ESS, parfois déjà implantés dans les quartiers et qui font leur richesse. Le tour de table doit s’ouvrir à des partenaires extérieurs au renouvellement urbain ou à la politique de la Ville, qui, par leur culture différente, renouvellent les approches. L’innovation apporte beaucoup au renouvellement urbain et à ses acteurs. Elle bouscule leurs repères, apporte des solutions, stimule une culture de dépassement.

 

© ANRU

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