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Kourou

Mag n°4

Juin 2016

INSÉRER PAR L’ARTISANAT

Association solidaire, LIBI NA WAN a été créée en 1994 pour favoriser, par l’artisanat notamment, l’insertion économique et sociale de la population Businengé, à Kourou, en Guyane.

 

Proposer des réponses aux jeunes du bidonville de Kourou en manque de perspectives professionnelles : c’est l’objectif auquel s’est attachée Libi Na Wan en leur proposant un accompagnement social quotidien. L’association les forme de manière à ce qu’ils puissent vivre de leur art. Des actions orientées autour du savoir-faire Tembe – artisanat traditionnel et socle de la culture Businengé.

 

Les ateliers-école et les chantiers d’insertion sont consacrés à la cuisine traditionnelle, la broderie, la sculpture... Plus récemment, et pour répondre aux besoins croissants des personnes en difficulté d’insertion – quels que soient leur origine et leur quartier – l’association a créé deux nouveaux chantiers d’insertion sociale et économique prometteurs en termes d’emploi : menuiserie-ébénisterie et métiers du bâtiment avec la construction de « carbets » (hutte sans mur servant d'abri) pour la commune, et la rénovation de logements, dans le cadre du projet ANRU.

 

 

Entretien avec Alain Fourmont, directeur de l’association :

 

Quelle est la genèse de LIBI NA WAN ?

Libi Na Wan s’est créée à partir d’un constat très simple : alors qu’une opération importante de Résorption de l’Habitat Insalubre (RHI) était lancée au village Businengé de Kourou, dans le but de reloger ses habitants vivant en bidonville, rien n’était prévu pour tous ces nombreux jeunes livrés à eux-mêmes et sans perspectives d’avenir, économiques notamment, avec des problèmes de délinquance à la clé. Beaucoup d’équipements de proximité étaient manquants ou inexistants. Cette problématique a été prise en compte dès l’inscription du quartier dans le programme de rénovation urbaine de Kourou. Dans le même temps, des savoir-faire tels que la sculpture sur bois pratiquée dans de petits ateliers informels, étaient en train de disparaitre.

 

Quelles actions menez-vous ?

Outre les actions de soutien et d’accompagnement social apportées au quotidien à la population, d’autres, spécifiques, portées par LIBI NA WAN ont d’abord été axées sur le Tembé, l’artisanat traditionnel des différentes ethnies et base de la culture Businengé[1]. À cet effet, LIBI NA WAN a mis en place des ateliers-école destinés à rendre accessibles aux jeunes les savoir-faire traditionnels, tant sur le plan technique que sur celui de la lecture des symboles qui constituent l’écriture ornementale de l’Art marron, l’autre appellation de l’art Tembé. Des publications ont été réalisées pour faire mieux connaître cet art auprès d’un public élargi.

LIBI NA WAN a ensuite mis en place des chantiers d’insertion liés au Tembé : cuisine traditionnelle, broderie, sculpture et peinture Businengé… afin de former des jeunes, pour qu’ils puissent monter leur propre activité et vivre de leur art, ce qui a été le cas pour certains de nos anciens salariés.

Plus récemment, nous avons développé de nouvelles réponses aux attentes et besoins malheureusement toujours plus nombreux de toutes les personnes en difficulté d’insertion sur Kourou, quels que soient leur origine et leur quartier. Afin de s’inscrire pleinement dans une démarche d’insertion sociale et économique, deux chantiers d’insertion, aux compétences élargies et prometteurs en termes d’emplois, ont été lancés. Le premier concerne les métiers du bâtiment et le second les travaux de menuiserie-ébénisterie.

 

Quel objectif poursuit désormais LIBI NA WAN ?

L’objectif est plus que jamais de faire en sorte que les personnes en insertion puissent, pendant leur période de formation  — entre 12 et 18 mois — acquérir les techniques mais aussi les savoir-être et savoir-faire nécessaires pour trouver du travail, voire monter un projet professionnel ou poursuivre vers des formations qualifiantes à l’issue des chantiers.

À cet effet, une formation pratique est dispensée par des formateurs compétents salariés ou prestataires de l’association. Les deux formateurs actuels sont d’ailleurs d’anciens salariés en insertion issus de nos chantiers. Sur le chantier menuiserie-ébénisterie, certains salariés sont amenés à réaliser aussi bien des meubles pour satisfaire des commandes de particuliers que du mobilier urbain à destination des collectivités dans le cadre de projets d’aménagement. Sur le chantier bâtiment, les salariés sont amenés à construire des carbets[2] pour la commune dans le cadre du projet ANRU, édifier des clôtures, rénover des logements ou encore peindre des immeubles dans le cadre d’appel d’offres remportés par LIBI NA WAN. Sur ces derniers chantiers, on se retrouve ainsi avec un public entièrement composé de personnes en difficulté d’insertion, dépassant le taux des clauses d’insertion classiques…

Cette formation pratique est complétée d’une formation théorique à la carte en fonction du parcours de chacun : certains ont très peu fréquenté l’école, d’autres parlent à peine le français. Elle est suivie et évaluée par l’accompagnatrice sociale de l’association. Cette dernière se charge aussi de trouver les entreprises susceptibles d‘accueillir nos salariés pour des périodes d’immersion, voire pour les faire embaucher à la fin du chantier, ce qui est actuellement loin d’être évident.

 

Quel bilan pouvez-vous tirer de vos actions ?

Au bout de 20 ans d’existence, LIBI NA WAN est bien évidemment reconnue pour ses réalisations artistiques, et ce bien au-delà de la Guyane puisque nous avons déjà eu l’occasion de montrer quelques unes de nos réalisations dans des expositions de renommées nationales, voire internationales, comme à l’UNESCO, au Québec…

Mais, l’association est également désormais reconnue pour les résultats concrets en termes de formation et d’emploi qu’elle a déjà pu obtenir. Ainsi, récemment, quatre jeunes sur cinq présentés en candidats libres au CAP menuiserie ont obtenu leur diplôme, deux viennent de partir en métropole pour suivre une formation de spécialisation en menuiserie aluminium et électricité, enfin un vient de signer un CDI avec une entreprise locale.

 

[1] Composée de sept ethnies, cette population regroupe les descendants des esclaves Africains qui se sont rebellés et enfuis dans la forêt amazonienne. Ils ont alors pris le nom de " Bush Negro " (nègre des bois), ou Businengé, dans leur langue.

 

[2] Hutte sans murs servant d’abri


©Libi Na Wan

http://www.association-libi-na-wan-kourou.fr/

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