SPÉCIAL CO-INVESTISSEMENT

Mag n°6

Novembre 2016

Fonds de co-investissement ANRU : vers la convergence des visions privées et publiques

ITW

Philippe Depoux, directeur général de Gecina & Olivier Piani, président d’OP Conseil, senior adviser et chairman du comité d’investissement d’Ardian Real Estate

Propos recueillis par Anne-Céline Cambier, MRICS, responsable administratif et financier du Fonds de co-investissement de l’ANRU.

 

Vous êtes tous deux membres du comité de pilotage et du comité d’investissement du Fonds de co-investissement de l’ANRU, en tant que personnalités qualifiées. Quels sont vos parcours professionnels et les raisons de votre implication dans ce programme ?
Olivier Piani : Je me suis dirigé vers le secteur de l’immobilier au moment où il était en crise et je ne l’ai plus quitté depuis. Après avoir dirigé une banque filiale du GAN, j’ai travaillé dix ans pour General Electric et, plus récemment, huit ans à la direction générale d’Allianz Real Estate. Je l’ai quittée en fin d’année dernière pour créer une société de conseil. C’est à ce moment-là que Corinne Bertone m’a contacté pour me proposer de
m’impliquer dans le Fonds de coinvestissement de l’ANRU. Très favorable aux échanges publicprivé, j’ai donné mon accord. L’idée de contribuer à faire progresser des territoires difficiles est une réelle motivation.

Philippe Depoux : Aujourd’hui directeur général de Gecina, foncière cotée spécialisée dans l’immobilier de bureaux, ma carrière a été entièrement tournée vers le secteur de l’immobilier, essentiellement à Paris, dans les directions immobilières de compagnies d’assurance ou des foncières. Je connais Corinne Bertone depuis
longtemps et, lorsqu’elle m’a sollicité pour m’inviter à participer au projet de Fonds de co-investissement de l’ANRU, j’ai accepté, pour les mêmes raisons qu’Olivier Piani. J’y vois un moyen de contribuer à l’intérêt général.

 

À la suite des premières réunions du comité de pilotage et du comité d’investissement, auxquelles vous avez participé, quel regard portez-vous sur le Fonds de co-investissement ?
PD : J’ai bien conscience qu’il s’agit d’un outil en cours de construction. La façon de travailler, notamment
en termes d’organisation, est différente de ce dont j’ai l’habitude. C’est enrichissant. Dans mon domaine, les choses sont extrêmement cadrées, normées. Ici, je pressens qu’il en est de même, mais d’une manière différente. Il y a un contexte plus politique et social, que je connais moins et que je découvre.

OP : J’appréhendais quelque peu l’idée d’une collaboration entre interlocuteurs de deux mondes en apparence opposés, mais je me suis aperçu que j’avais tort. Ce comité de pilotage réunit des personnes aux parcours et aux visions différents, mais avec un même haut niveau d’expertise. On dialogue et on essaie de comprendre le point de vue de chacun. Il s’agit de relier le monde du public, du bien-être territorial et social, et celui du privé, avec une recherche de rationalité et de rentabilité. C’est un défi, mais les premiers échanges me paraissent très constructifs. L’équité territoriale est associée à l’équité sociale.

 

Comment les interventions des investisseurs privés, via le Fonds de co-investissement, sont-elles susceptibles de résorber les inégalités des territoires ?
PD : Un immobilier responsable, qui vient trouver sa place dans un environnement économique et social « challengé », en faisant intervenir les bons acteurs, les bons produits et les bons critères financiers, peut permettre de créer du lien sur place et d’y amener du sang neuf, de la richesse, au sens large.

OP : Quel que soit le type de produit — centre commercial, immeuble de bureaux, espace de co-working… — il s’agit d’implanter sans imposer. C’est une condition nécessaire pour contribuer à créer un contexte de sociabilisation dans des territoires délaissés.

 

Comment appliquer la vision et les méthodes des investisseurs privés à des quartiers souvent éloignés de ces modèles économiques ?
PD : Ce qui m’a frappé lors de nos premières réunions, c’est que l’analyse du projet immobilier s’opère aussi bien au niveau du tissu humain et social de ces territoires qu’à travers le prisme économique. Pour attirer les capitaux privés, les critères économiques doivent être, sinon garantis, du moins analysés finement. C’est une contrainte qui semble maîtrisée par les acteurs du Fonds et les études réalisées par les équipes de l’ANRU à ce sujet sont déjà convaincantes.

OP : Avec ce Fonds, nous n’essayons pas de promouvoir une vision privée ou publique du projet immobilier,
mais bien une convergence des deux. Il faut pouvoir être attractif pour les capitaux et les enseignes, tout en conservant un souci d’harmonisation territoriale et une responsabilité vis-à-vis du développement urbain. Le Fonds de co-investissement permet la rencontre de la rationalité, de la rigueur de l’apport financier du privé et le développement harmonieux des villes, qui correspond à l’intérêt général. Le fait d’avoir Corinne Bertone, avec son expérience égale du public et du privé, à la tête de ce programme, est un atout.

 

 

Philippe Depoux

©GECINA

 

Olivier PIANI

© ARDIAN

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