Politique

Mag n°1

Juin 2015

« L’enjeu des contrats de ville : abattre les frontières »

ITW

Entretien avec Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports

Le premier protocole de préfiguration du NPNRU a été signé à Rennes en avril dernier. Que permet la contractualisation en deux temps des nouveaux projets de rénovation urbaine ?

 

Le contrat de ville est un document cadre général qui engage l’ensemble des partenaires concernés par la mise en œuvre d’un projet de territoire à l’échelle intercommunale. En effet, le projet de territoire a vocation à se développer à la fois sur des quartiers éligibles aux aides de l’Anru et sur d’autres périmètres où d’autres financeurs interviennent. Le protocole de préfiguration, quant à lui, définit plus précisément les objectifs du projet de renouvellement urbain, par exemple les démolitions prévues, le nombre de réhabilitations, les espaces publics visés...

 

Développement économique et accès à l’emploi constituent des piliers des nouveaux contrats de ville. Que va changer l’appréhension de ces questions à l’échelle intercommunale ?

 

L’échelle des entreprises, des investisseurs et des autres acteurs économiques et de l’emploi, c’est l’agglomération, le bassin d’emploi. Pas le quartier ni la commune. Le développement économique est d’ailleurs une compétence obligatoire des EPCI. Or les quartiers sont trop souvent des territoires isolés, ignorés des employeurs comme des stratégies de développement économique. La politique de la Ville a aussi parfois eu tendance à circonscrire son action aux frontières des quartiers. C’est tout l’enjeu des contrats de ville : abattre les frontières.

 

Par delà les mesures pour l’emploi dans les quartiers prioritaires, quels sont les autres domaines couverts par le plan d’actions issu du comité interministériel pour l’égalité et la citoyenneté du 6 mars ?

 

Le fil rouge de ce comité, c’est de casser les ghettos, c’est-à-dire de faire la démonstration que l’égalité républicaine vaut pour tous, sur tous les territoires. Par conséquent, de nombreux domaines sont concernés. Tout d’abord, le logement, avec une politique offensive de mixité sociale, reposant notamment sur l’intervention de l’Etat dans les communes défaillantes du point de vue de la loi SRU. Ensuite, l’éducation, entendue au sens large, avec une présence renforcée des associations d’éducation populaire et des clubs sportifs. Le plan d’action concerne également l’engagement, avec l’universalisation du service civique et la création d’une réserve citoyenne, c’est-à-dire la possibilité donnée à chacun de prêter main forte à tel ou tel service public. Enfin, c’est aussi la culture, avec le soutien aux médias de proximité, et la lutte contre les discriminations, avec l’autorisation d’actions de groupe dans le champ du travail. En somme, le comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté marque une volonté de reconquête républicaine, après le choc que la France a connu en janvier. Cette volonté se déploie partout où se nichent les inégalités.

 

© Hervé Hamon

 

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