Politique

Mag n°4

Juin 2016

« L’ÉCOLE INCARNE LA PROMESSE RÉPUBLICAINE »

ITW

Entretien avec Hélène Geoffroy, secrétaire d’État en charge de la politique de la Ville

 

Vous êtes depuis le 11 février dernier la nouvelle secrétaire d’Etat en charge de la politique de la Ville. Comment abordez-vous la thématique et les problématiques du renouvellement urbain ?

 

La nouvelle géographie prioritaire qu’a portée la loi François Lamy a redessiné les périmètres de la politique de la Ville. En se fondant sur un critère unique, elle réunit des territoires très différents par leur histoire, leur taille. Les territoires de la politique de la Ville, ce sont ces métropoles, des banlieues traditionnellement identifiées, mais aussi des centre-villes, des villes petites et moyennes qui présentent des configurations très variées, en fonction de la taille du quartier, de son éloignement du centre-ville, de la composition urbaine, de son niveau d’entretien ou encore du peuplement. L’ANRU a accompagné une véritable transformation physique sur les territoires qui étaient éligibles lors du PNRU. Une politique publique fortement partenariale, impliquant les collectivités locales, l’État et les bailleurs sociaux, est née et est désormais ancrée au travers des contrats de ville. Enfin, le renouvellement urbain est un outil au service d’habitants dont le cadre de vie mais aussi les perspectives d’évolution sociale doivent être améliorés. Ainsi, les premiers pas de l’ANRU ont fait émerger une nouvelle manière d’aborder la démocratie participative dans notre pays.

 

L’éducation dans les quartiers prioritaires est l’une de vos préoccupations centrales. En quoi cette question constitue-elle un enjeu majeur du volet urbain du NPNRU ?


L’école est le premier lieu qui rassemble les habitants autour d’un projet commun, celui de la réussite de son enfant. Elle est aussi la première incarnation dans notre pays de la République, ce dénominateur commun à chaque génération, avec ses évocations, ses souvenirs ancrés en chacun de nous. Mais, plus encore, elle doit être cet outil de la promotion sociale. Elle est le lieu où se décide la réussite de la mixité. Il faut pouvoir réhabiliter, rénover, restructurer nos écoles qui ont vieilli avec les ZUP, avec les premiers grands ensembles. C’est ce que nous avons fait dès le premier Programme National de Rénovation Urbaine, où près de deux milliards d’euros ont été investis pour l’amélioration des écoles.

Il nous faut des écoles du beau, de la performance, de l’excellence dans les quartiers populaires. Non seulement parce que les enfants de nos quartiers, de nos banlieues doivent avoir accès au meilleur, mais aussi parce que des écoles de qualité favorisent la mixité sociale. Des annonces ambitieuses en la matière ont été faites dans le cadre du dernier Comité Interministériel à l’Egalité et la Citoyenneté, à Vaulx-en-Velin. Un plan d’investissement et de rénovation important des écoles situées en quartiers prioritaires a été annoncé. Ce plan, je l’ai soutenu, je l’ai appelé de mes voeux parce que l’école doit être au coeur de notre action. Plus que tout autre équipement public, elle incarne la promesse républicaine.
 

Vous affirmiez récemment que les habitants devaient pouvoir influer sur les orientations des projets de renouvellement urbain. Au-delà des dispositifs obligatoires prévus dans le nouveau cadre législatif, pensez-vous les porteurs de projet, et notamment les élus, prêts à cette nouvelle donne ?

Si ce gouvernement a souhaité la mise en oeuvre des Conseils citoyens, ce n’est pas un hasard. Cela vient d’une conviction, pressentie et qui s’est confirmée avec le rapport Mechmache - Bacqué : l’efficacité des politiques publiques est liée à l’adhésion des habitants. Nous ne pourrons pas être efficaces à leur place. Nous devons construire avec eux, afin de bénéficier de leur expertise d’usage. 

Dans une période où nous avons un grand besoin de citoyenneté et de démocratie, montrer que les quartiers populaires sont à l’avant-garde de la revitalisation démocratique est un projet politique extrêmement puissant, qui irriguera l’ensemble de notre pays, c’est une évidence. D’ailleurs, je rappelle que c’est précisément dans ces quartiers que les instruments de participation des habitants sont les plus forts en France. Comparez les dispositifs de participation dans les projets urbains, petits ou grands et dans les projets de renouvellement urbain, et vous constaterez que les acteurs de l’aménagement peuvent prendre modèle sur ce qui a été accompli, et ce qui sera fait demain, dans les quartiers.

Désormais, grâce à la loi que nous avons fait voter, il y a en France quelque 850 conseils citoyens. Il y en avait 350 à la même période l’année dernière. Ces conseils sont autonomes dans leur fonctionnement. Ils permettent de co-construire, avec l’Etat, les collectivités locales, les urbanistes et les aménageurs, les orientations du projet urbain. Très vite a émergé des Conseils citoyens une volonté de leurs membres de se former à la participation. Un budget va donc être dédié à la formation, tant sur les questions de renouvellement urbain que sur les sujets dont les habitants se saisiront. Nous aurons ensuite à réussir collectivement la prise en compte efficiente des avis, propositions et recommandations formulés par les habitants, afin de crédibiliser l’action publique.


©Hervé Hamon

http://www.ville.gouv.fr/

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